The
Get Down, nouvelle série du site Netflix, revisite les débuts du Hip Hop à
travers l’histoire d’une bande de jeunes dans le Bronx des années 70. De
passage à Londres au début du mois de juillet nous avons pu rencontrer les
créateurs et scénaristes.
Par Epée Hervé Dingong
Londres. En cette matinée, Netflix a mis
tout en œuvre pour accueillir la presse européenne. Depuis quelques années, la
plateforme américaine de streaming est une référence en matière de création
originale. Les séries phares, House Of Cards, Daredevil ou Orange is the new
Black en sont le parfait exemple. Projections presse et interviews à la chaîne
étaient de rigueur. C’est dans un Londres ensoleillé de Juillet que nous
découvrons le premier épisode en compagnie de Baz Luhrmann (créateur et
producteur exécutif), Grandmaster Flash (producteur associé) et Nelson George
(auteur et un des scénaristes).
Avec 13 épisodes de 1977 à 1979, la
première saison de Get Down nous montre un New York d’époque. C’est dans un
Bronx chaotique où règne la violence des gangs, la pauvreté et le chômage que le
Hip Hop s’est crée. Cette culture née en 1973 va finalement se propager et devenir
international. Cette créativité artistique urbaine a permis de donner un
souffle à une jeunesse sans repère. Jusqu’à ce jour aucune série n’a réellement
parlé du début du Hip Hop. Explorer cette culture est même le fruit du hasard
pour le créateur Baz Luhrmann. Il y a tout juste dix ans il se trouvait à Paris
avec sa compagne. « J’ai observé une
photo de Jamel Shabbazz des années 80. Du coup plusieurs questions me sont
venus à l’esprit. Quelles sont les origines de cette culture inattendue ? » explique-t-il. Après des recherches,
Baz Lurhmann consulte et rencontre des personnes. Il se rend compte que les
années 70 sont une décennie charnière pour le Hip Hop. Le contexte politique,
économique et social est assez particulier. Crise pétrolière, le Rock,
l’incontournable musique Disco ou la mort d’Elvis font partie des faits
marquants en 1977. Pourtant dans le sud du Bronx, les jeunes créent un
mouvement que tout le monde ignore. La série suit donc les aventures de
plusieurs jeunes qui essayent d’échapper à la morosité. Il est vrai qu’à cette
époque rien ne leur ai proposé dans un New York au bord de la ruine. Pour
donner plus de crédibilité à « The Get Down », il a fallu s’entourer
de personnes clés. Le réalisateur australien de Gatsby le magnifique et Moulin
Rouge a recruté sa dream team.
C’est le fruit d’une collaboration entre
Shawn Ryan (créateur e la série The Wire) qui s’est ensuite retiré du projet et
le réalisateur australien Baz Luhrmann. Le tout est accompagné de Nelson George
(journaliste, auteur, scénariste et réalisateur), Grandmaster Flash (producteur
associé), Kurtis Blow, Kool Herc et Afrika Bambaataa comme consultants.
« Get
Down fait partie du langage familier des années 70. La signification serait se
battre, danser ou travailler dure. Grandmaster Flash appelait ce qu’il jouait
en soirée la section Get Down du disque. C’est de là qu’est venu le titre de la
série. » explique Nelson
George. Légende vivante et précurseur du Hip Hop, Grandmaster Flash a crée sa
popularité à ce moment. Ce Dj avait la dextérité pour trouver les parfaits
breakbeats dans les block parties. Le retrouver dans cette série est donc
naturel. « Quand Baz m’a parlé du
projet je me suis dit pourquoi pas. Un jour il me dit que quelqu’un allait
jouer mon rôle j’étais sceptique. » raconte Grandmaster Flash. Sa réaction va
changer avec le temps. « Quand j’ai
vu l’acteur je me suis demandé si je n’avais pas un fils caché. Mamoudou s’est
présenté et j’étais sans voix. Il ne manquait plus qu’à lui montrer quelques
techniques du mix pour qu’il soit crédible. » se souvient Grandmaster
Flash. Le djing est une composante du Hip Hop. C’est une des composantes qui
permet aux disc-jockeys de montrer leur talent. Dans cet exercice, Flash est
une icône depuis plusieurs décennies. Le professeur a donc enseigné à son élève
acteur Mamoudou Athie, « Cela n’a
pas été facile pour qu’il mixe en ayant un style devant la caméra. Au départ
il était lent et bougeait comme un robot.
Mixer ce n’est juste passer des disques sans vie. Il faut bouger »
insiste Grandmaster Flash.
Le souci du détail est peut-être la force
de « The Get Down ». Les M.C. (Maitres de Cérémonies) ont aussi une
large place. Ces pionniers du rap vont avoir une place prépondérante dans le
futur même si la véritable star reste le D.J. dans les années 70. Pour donner du punch aux paroles, rien de plus
normal que la contribution de professionnel comme Kurtis Blow et de Nas. Pour
ce dernier, sa fonction est multiple et anecdotique. « Quand Nas a vu les images du pilote, il a
tout de suite voulu s’investir. Le regard des jeunes qui découvrent les blocks
parties est un aussi un souvenir pour
Nas. Il s’est reconnu en eux. » explique le scénariste et critique
musical Nelson George. Par conséquent, Nas écrit toutes les paroles et devient producteur
éxécutif.Dès la première scène du pilote de 90 minutes, Ezekial « Books »Figeros (joué par Justice Smith) star du Hip Hop nous amène dans son concert de 1996. Sa performance est entièrement écrite et interprété par Nas. Il dit : « Cherchant à sortir du Bronx / tomber amoureux d’une fille / rencontrerl'homme qui va changer le cours de sa vie et sa carrière. » Le décor est planté puis l’histoire nous transporte en 1977. Dans le sud du Bronx et vivant chez sa tante, Books est un adolescent poète. Comme tous les jeunes il a l’habitude de traîner avec ses amis graffeurs (dont un des rôles est joué par Jaden Smith) et une amie Mylene Cruz (jouée par Herizen Guardiola). Cette dernière a l’ambition de devenir chanteuse de disco et quitter le Bronx. Elle croit en elle à l’inverse de Books qui ne croit pas spécialement en son talent.De fil en aiguille, le graffiti va mener cette bande vers Shaolin (interprété par Shameik Moore). Fan de Kung Fu et figure du graffiti, Shaolin est envoyé par Grandmaster Flash pour retrouver un vinyl en échange de cours de DJ. Dans un cadre somptueusement reconstitué,The Get Down offre une série visuellement parfaite avec une histoire qui tient la route. Mais dans l’univers des séries musicales, les temps sont dures. Chez HBO, Vinyl n’a pas été reconduit pour une deuxième saison. The Get Down de Netflix pourrait bien changer la donne. C’est tout ce que l’on peut leur souhaiter.
The Get Down saison 1 le 12 Août sur Netflix



